vendredi 11 avril 2008

Les hommes politiques sont des marques ?


Marcel Botton, président de NOMEN, spécialiste de la marque, dissèque, à l’occasion de son dernier livre, le phénomène. Du logo au look, du slogan au discours, quels sont les outils qui augmentent leur chance de figurer au palmarès des marques préférées des Français… Marcel Botton s'est amusé à appliquer aux hommes et femmes politiques les outils et méthodes qui sont habituellement utilisées pour les marques commerciales. On y verra certainement de l’insolence et de l’irrespect. C’est un fait mais ce sont les hommes et femmes politiques qui ont commencé. Donnez-nous votre avis.

Extrait : Marques politiques et marques commerciales : de fausses jumelles

En 1992, Jacques Séguéla écrivait en substance que les marques étaient des stars. Aujourd’hui, les hommes politiques sont des stars et les stars sont des marques. Les grandes marques qui ont été pionnières dans l’exploration des attentes de leurs consommateurs ou de leurs prospects, dans l’optimisation de leur nom, leur packaging, leur design, leur communication, ont aidé à l’élaboration d’outils auxquels s’intéressent de plus en plus les hommes, femmes et mouvements politiques. La première zone de convergence a été celle des études quantitatives qui portent généralement le nom de sondages lorsqu’elles s’appliquent au domaine politique.

C’est en constatant que les mêmes instituts travaillaient pour les marques commerciales et les hommes politiques que l’évidence s’est imposée : les hommes et femmes politiques, les mouvements politiques s’évaluent à l’aune des mêmes critères que les marques. Le processus s’est accéléré lorsqu’on a constaté que les politiques se souciaient également, comme les produits, de leur design et de leur packaging (leur look) et évidemment, tout comme les marques, de leur communication. Essayons de voir en quoi les politiques se comportent comme des marques auprès de leur public.

En quoi les hommes et femmes politiques se comportent-ils comme des marques ?

  • Ils ont besoin d’acquérir une certaine notoriété.
  • Ils ont besoin d’attractivité, c’est-à-dire de séduire le consommateur/électeur.
  • Ils utilisent les mêmes outils : enquêtes, logos, slogans, publicité, marketing, etc.
  • Ils sont dans un monde de concurrence, ce qui est l’essence même de la marque qui sert précisément à distinguer un produit de ses concurrents.
  • Il y a d’importantes analogies entre l’acte d’achat et l’acte de vote : dans les deux cas, on peut s’abstenir ou choisir. Une différence cependant : l’achat a un coût alors que le vote est gratuit (et est considéré comme un devoir de citoyen).

En quoi les hommes et femmes politiques ne se comportent-ils pas comme des marques ?

  • Une marque commerciale n’a pas de limite dans le temps. En effet, une marque est généralement déposée pour dix ans mais est renouvelable indéfiniment. C’est d’ailleurs le seul signe de propriété intellectuelle qui ne soit pas limité dans le temps, contrairement au brevet ou au droit d’auteur. Les marques les plus anciennes, Saint-Gobain par exemple, ont plusieurs siècles. Par hypothèse, le nom d’un politique ne vit guère en tant que marque au-delà de sa propre existence. Par contre un mouvement politique, comme le gaullisme par exemple, peut survivre largement à son fondateur
  • Certains de mes confrères, tel Georges Lewi par exemple, estiment que les hommes politiques ne sont pas des marques car l’objectif de leur action n’est pas en premier lieu le profit et proposent de réserver l’appellation marque aux activités commerciales, c’est-à-dire visant ouvertement le profit. Cette position ne nous parait pas fondée car rien ne lie la marque au profit. Ainsi dans la loi - article L711-1 du Code de la propriété intellectuelle - qui parle seulement de « signe […] servant à distinguer les produits ou services ». D’ailleurs, de nombreux organismes non lucratifs détiennent et exploitent des marques.

Ce qui est vrai cependant et qu’il serait regrettable de négliger, c’est que dans le monde politique la marque est supposée être au service d’un idéal, ce qui n’est pas l’essence de la marque commerciale.

  • Les marques politiques, si elles ont certes un rayonnement international ou mondial, ont par nature une clientèle nationale alors que les grandes marques visent bien naturellement des marchés mondiaux.
  • Une autre différence importante tient à certains modes de scrutin : alors que dans les marchés compétitifs les marques commerciales se partagent des parts de ce marché, le scrutin majoritaire, lui, traite différemment sa « clientèle ». Le candidat qui réalise un score de 48% aux élections présidentielles françaises a une part de marché de zéro. Mais un raisonnement inverse pourrait être retenu pour les élections fonctionnant selon des régimes plus ou moins proportionnels.
  • Enfin, le vote est une cérémonie ponctuelle et collective.

Sans ignorer les différences évoquées ci-dessus et notamment la principale, à savoir le projet idéologique, en prenant le parti d’étudier les hommes, femmes et mouvements politiques comme des marques commerciales, force est de constater que dans nos sociétés occidentales avancées, les programmes eux-mêmes ont tendance à converger ; tout comme se ressemblent de plus en plus les produits dits concurrents. Peut-être le monde politique est-il en attente de grandes innovations idéologiques comparables à celles qu’ont pu être le laser ou les techniques numériques dans le monde des marchés.

11 commentaires:

Missa Machina a dit…

Ca veut dire quoi politique maintenant ? Les hommes politiques se comportent comme des marques en collant à la mode du moment et les marques, qui font de même, se clament écologiques et citoyennes pour mieux se vendre. En refusant, par exemple, de me donner des sacs plastiques au supermarché on me dit que c'est une "politique" de développement durable et on me demande, bien sur, de payer pour un sac en toile bien cher. Ma caissiere est-elle une femme politique ? Ou bien la politique consiste-t-elle justement à ne pas tomber dans les idées à la mode ?

Anonyme a dit…

Les hommes politiques ont en effet comme les marques besoin de convaincre le consommateur/citoyen final et il est logique de penser que les mécaniques qui ont fait leurs preuves pour les unes soient également efficaces pour les autres….donc « …des marques comme les autres ? », le débat reste ouvert, mais des marques dans leur stratégie de séduction et de communication, il me semble que oui !

Frédéric a dit…

Les marques et les hommes politiques, c'est un sujet que le petit musée des marques a souvent évoqué : liste des billets sur ce sujet.

FEBUS a dit…

François Hollande est une vieille
marque qui remonte à "LA FONTAINE"
d'ailleurs une de ces fables parle
de lui dans le Corbeau et le Renard

" Le Corbeau a lâchè le fromage au Renard, car c'était du Hollande et
il préferait du Brebis Basque plus goûteux"

Les goûts et les couleurs çà ne se discute pas n'est ce pas !!

janebella a dit…

Ils ont creusé leur propre trou en cherchant à tout prix l'audimat et les votes. Les voici pris au piège, mis en boîte.

Anonyme a dit…

moralité:
la démagogie est à la politique....ce que le ballon rond est au football....no comment !!!!!!

Pazery a dit…

Depuis des lustres j'entends dire demain on rase gratis !
On a su il y a bientot 40 ans aller sur la lune et revenir. Chapeau bas !
Mais le discours de Jaurés n'a pas avancé chez nos politiques. Honte à tous les cons formatés surtout à L'ENA.
Leur seul savoir : CREER DES TAXES

Christophe a dit…

A la fin des années 70 (77 je crois) Jacques Séguéla voulait déjà prouver que les règles qui s'appliquait à la publicité et à vanter les mérites d'une marque pouvaient s'appliquer aux hommes politiques, notamment dans le cadre de scrutins majoritaires et du premier d'entre eux : l'élection présidentielle. Il a donc proposé à plusieurs candidats potentiels. François Mitterrand à accepter suite, notamment, au déroulement de l'élection présidentielle de 1974 et dysfonstionnements de communication entre les 2 équipes (celle du PS et la sienne : 2 campagnes d'affichage, ...). De la collaboration qui allait s'installer entre les 2 hommes découlent plusieurs campagne (de com) dont la première n'est pas lié à l'élection proprement dite mais à l'image du possible futur candidat (Mitterrand à Latche dans sa bergerie et marchant sur la plage des Landes ).
C'est le passage de l'affichisme militant qui était de mise au sein du PS à la communication "publicitaire" politique.
Jacques Séguela explique bien que l'on peut procèder de la même manière pour établir la com d'un homme politique qu'avec une marque (de yaourt par exemple), notamment en ce qui concerne l'image et les qualificatifs visant à positiver une marque (le vieux devient sage, ...).
Je cite tout cela de mémoire, j'ai écrit un mémoire que j'ai présenté en 1995 sur le passage de l'affichisme politique à la publicité politique, des campagnes de 191 et de 1986, dernière orgie publicitaire avant la loi de financement des partis.

Billetdumeur a dit…

Premierement, je ne comprends pas que l'on compare des femmes politiques à des gateaux, tandis que l'on compare des hommes à une chaine de télévision.

Deuxièmement, je suis contre toute discrimination, y compris en politique

C'est n'importe quoi des dire que les Politiques sont des stars, il y a vraiement un melange des genres qui est propre à notre époque et cela me gène

Anonyme a dit…

mon commentaire sera simple:
avec les marques nous savons ce que nous achetons, ce n'est pas le cas avec un homme (ou une femme) politique.
Peut on réellement choisir et s'assurer par un bulletin de vote de l'assurance de la loyauté et du respect d'un (ou des)engagement(s) NON
alors ou est la valeur de le comparaison sauf pour des analyses techniques du marketing.
J-M D P paris le 28/04/08

cyril a dit…

Je trouve qu'il n'est ni juste, ni sain d'identifier les politiques à des marques. Nous vivons dans une époque où le vocabulaire économique déteint sur celui des relations humaines. On parle de capital sympathie, de capital confiance...On confond la réputation d'un individu et son image de marque. Que les politiques se servent des mêmes armes ne signifie en rien qu'ils sont des marques. A force de sans cesse appliquer le marketing à l'humain on finit par l'identifier à un simple produit. C'est évidemment facile mais c'est faux. Le lancement d'un produit passe le plus souvent par des études consommateurs et l'on invente quelque chose en fonction des réponses, des désirs. L'homme ou la femme politique ne sont pas des marques, ils ont des convictions, une morale, un projet. J'entends déjà l'écho de ceux qui me répondraient " Les marques aussi ont un discours, une philosophie, un projet ". Notre époque se satisfait de ce genre d'analogie, de syllogismes spécieux du type: " Les chiens ont des yeux. Les humains ont des yeux. Donc les humains sont des chiens ". Quelques points communs ne suffisent pas à être identiques. Ce n'est pas parce que les politiques usent des mêmes armes que les marques pour se faire connaître, comment pourrait-il en être autrement ? qu'ils sont des marques. C'est d'autant plus dangereux qu'à force d'accepter cette idée simple, on acceptera bientôt que tout est possible, que plus rien n'a de sens, que tout se vaut. Et alors on verra apparaître de ci de là des régimes particuliers sans autres ambitions que de satisfaire leurs électeurs/consommateurs...

Bénéfik